Dans quel ordre lire les Rougon-Macquart ? Trois parcours possibles

Par Anouk Delmas · Publié le

Haute pile de livres anciens reliés de toile verte, posée sur un bureau en bois devant une fenêtre, près de rayonnages chargés de volumes

Vingt romans, des centaines de personnages, et une question qui arrête beaucoup de lecteurs avant même la première page : par lequel commencer, et dans quel ordre continuer ? Émile Zola a publié Les Rougon-Macquart, sous-titré Histoire naturelle et sociale d’une famille sous le Second Empire, de 1871 à 1893. Chaque roman se lit seul ; l’ensemble, lui, se lit de plusieurs façons. Voici ce qu’il faut savoir de la famille, puis trois parcours selon le lecteur que vous êtes.

Ce qu’il faut savoir avant de choisir

Tout part d’une femme, Adélaïde Fouque, et de deux hommes. De son mariage avec Rougon naît la branche légitime, celle des ambitieux qui montent dans la bourgeoisie et le pouvoir. De sa liaison avec Macquart, contrebandier, naît la branche populaire, ouvriers, soldats, blanchisseuses. Une fille Macquart épouse un Mouret, d’où une troisième branche, commerçante et provinciale.

Zola voulait montrer, comme le résume le dossier de BnF Essentiels consacré aux Rougon-Macquart, la double influence de l’hérédité et du milieu. Le projet, conçu à partir de 1868, prévoyait d’abord dix romans ; il en compte vingt. L’arbre généalogique, publié avec le huitième, Une page d’amour, en 1878, réunit trente-deux personnages dans sa version finale de 1893. La préface de La Fortune des Rougon pose le programme en une phrase : « L’hérédité a ses lois, comme la pesanteur. »

Premier parcours : l’ordre de parution

C’est l’ordre le plus fidèle à la construction du cycle, celui dans lequel les lecteurs du XIXe siècle l’ont découvert :

  1. La Fortune des Rougon (1871)
  2. La Curée (1872)
  3. Le Ventre de Paris (1873)
  4. La Conquête de Plassans (1874)
  5. La Faute de l’abbé Mouret (1875)
  6. Son Excellence Eugène Rougon (1876)
  7. L’Assommoir (1877)
  8. Une page d’amour (1878)
  9. Nana (1880)
  10. Pot-Bouille (1882)
  11. Au Bonheur des Dames (1883)
  12. La Joie de vivre (1884)
  13. Germinal (1885)
  14. L’Œuvre (1886)
  15. La Terre (1887)
  16. Le Rêve (1888)
  17. La Bête humaine (1890)
  18. L’Argent (1891)
  19. La Débâcle (1892)
  20. Le Docteur Pascal (1893)

Son avantage : vous voyez Zola s’affirmer, et chaque retour d’un personnage fait son effet. Son défaut : La Fortune des Rougon, qui raconte le coup d’État de 1851 dans la petite ville de Plassans, est un roman d’exposition dense, et plusieurs lecteurs s’y essoufflent. Il convient à ceux qui aiment les grands cycles et ne craignent pas un départ lent.

Deuxième parcours : suivre les personnages de roman en roman

Plusieurs romans forment des suites. Aristide Rougon, devenu Saccard, spécule sur les travaux de Paris dans La Curée et à la Bourse dans L’Argent. La Conquête de Plassans mène à La Faute de l’abbé Mouret. Octave Mouret, jeune arriviste dans l’immeuble bourgeois de Pot-Bouille, devient le patron du grand magasin d’Au Bonheur des Dames. Jean Macquart, paysan dans La Terre, devient soldat dans La Débâcle.

La lignée la plus saisissante est celle de Gervaise, héroïne de L’Assommoir : sa fille est Nana, et ses fils sont Étienne, mineur dans Germinal, Jacques, mécanicien dans La Bête humaine, et Claude, peintre de L’Œuvre. Lire ces cinq romans à la suite, c’est suivre une famille ouvrière dans tout le Second Empire. Claude Lantier doit d’ailleurs une part de ses traits à Cézanne, ami d’enfance de Zola, à l’époque où le groupe que nous racontons dans les caractéristiques de l’impressionnisme bousculait les Salons.

Troisième parcours : commencer par un sommet

Si vous voulez d’abord savoir si Zola est pour vous, commencez par un roman fort et autonome. Germinal est le point de départ que nous conseillons dans notre parcours des classiques de la littérature française ; L’Assommoir ou Au Bonheur des Dames conviennent aussi. Revenez ensuite à La Fortune des Rougon, qui vous paraîtra plus vivante une fois les descendants connus, et gardez Le Docteur Pascal pour la fin, quel que soit le parcours choisi : c’est le bilan du cycle.

Zola prolonge le réalisme de Flaubert en y ajoutant l’ambition d’une méthode quasi scientifique : si vous avez aimé notre lecture de Madame Bovary, vous mesurerez la différence dès les premières pages. Pour ne pas confondre les générations, tenez au fil des romans une fiche de lecture avec un petit arbre que vous compléterez à chaque livre.

L’erreur à éviter est de se croire obligé de tout lire dans l’ordre. Vingt romans, c’est plusieurs années de lecture : mieux vaut en lire trois avec passion que s’arrêter au premier.

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