Agatha Christie : par quel livre commencer, et pourquoi
Soixante-six romans policiers : devant un massif pareil, qui n’a jamais ouvert un Agatha Christie prend le volume qui traîne sur l’étagère d’une maison de vacances. Il n’y a pas de mauvais Christie, mais il y a un mauvais ordre : certains titres ne produisent leur effet que sur un lecteur rompu aux conventions du genre, et le plus célèbre d’entre eux se gâche si on le lit en premier. Voici ce qu’il faut savoir de l’ensemble, deux portes d’entrée sûres, et le roman qu’il vaut mieux garder pour plus tard.
Ce que contient l’œuvre, et dans quel ordre la lire
Agatha Christie (1890-1976) a signé 66 romans policiers et 14 recueils de nouvelles, selon le décompte d’Agatha Christie Limited, la société qui gère ses droits ; ses livres se sont vendus à plus d’un milliard d’exemplaires en anglais, et autant en traduction. L’Index Translationum de l’UNESCO en fait l’autrice la plus traduite au monde, avec 7 236 traductions recensées, record homologué par Guinness World Records le 7 mars 2017. Sa pièce La Souricière, créée en 1952, n’a jamais quitté l’affiche à Londres.
Deux détectives se partagent l’essentiel. Hercule Poirot, le Belge à moustaches fier de ses « petites cellules grises », mène 33 romans et plus de cinquante nouvelles. Miss Marple, vieille demoiselle de village qui tricote en écoutant, en mène douze et une vingtaine. Le reste tient debout sans détective récurrent.
Bonne nouvelle pour qui hésite : chaque roman se lit seul. Rien à voir avec les vingt romans des Rougon-Macquart, où les générations se répondent, encore moins avec À la recherche du temps perdu, un seul livre en sept volumes. Deux titres seulement se réservent pour la fin : Hercule Poirot quitte la scène (Curtain, 1975) et La Dernière Énigme (Sleeping Murder, 1976). Écrits pendant la guerre puis gardés au coffre pendant plus de trente ans, ils closent chacun des deux personnages.
La porte la plus sûre : un huis clos
Commencez par un roman où le décor fait la moitié du travail. Le Crime de l’Orient-Express (1934) : un train de luxe immobilisé par la neige, un passager américain poignardé dans son compartiment verrouillé de l’intérieur, et des suspects qui ne peuvent aller nulle part. L’intrigue est une mécanique d’horloger, la lecture tient en deux soirées, et le dénouement se discute encore. Mort sur le Nil (1937) rejoue le même tour sur un bateau de croisière.
Variante sans détective : Ils étaient dix (1939), dix inconnus réunis sur une île d’où nul ne repart. Attention à l’édition. Le roman a paru en France, jusqu’en 2020, sous un titre que les ayants droit ont fait retirer partout, à la demande de James Prichard, arrière-petit-fils de la romancière. La notice du catalogue de la BnF enregistre la réédition de 2020 chez Les Éditions du Masque, dans une traduction révisée par Gérard de Chergé. Les exemplaires d’occasion portent encore l’ancien titre.
La deuxième porte : le village anglais
Si le mécanisme pur vous laisse froid, entrez par Miss Marple, dont la matière première est le ragot. L’Affaire Protheroe (The Murder at the Vicarage, 1930) est son premier roman : un notable détesté, un presbytère, et une demoiselle qui résout un meurtre à partir de ce qu’elle a vu faire à ses voisins pendant cinquante ans. On y lit autant une satire de la campagne anglaise qu’une enquête. Le personnage était né trois ans plus tôt dans une nouvelle reprise dans le recueil Les Treize Problèmes, autre entrée possible pour qui préfère les formats courts.
Le roman à ne pas lire en premier
Le Meurtre de Roger Ackroyd, paru au printemps 1926, est le livre qui a fait basculer la carrière de Christie, et probablement son chef-d’œuvre. Sa révélation finale rompt un contrat tacite entre l’auteur de romans policiers et son lecteur ; on n’en dira pas davantage. Cet effet ne fonctionne que sur un lecteur qui a intériorisé la règle transgressée. Lu en premier, il étonne ; lu en quatrième, il sidère. Gardez-le, et d’ici là méfiez-vous des quatrièmes de couverture bavardes et des listes de « retournements les plus fous », qui l’éventent.
Reste le rythme. Un Christie se lit vite, ce qui en fait un remède quand la lecture s’est arrêtée depuis des mois : trois policiers d’affilée valent mieux qu’un classique entamé six fois, et nos pistes pour lire plus de livres s’appliquent sans effort à ce format. Notez vos soupçons au crayon à mi-parcours, comme une fiche de lecture en train de se faire : relire ses fausses pistes apprend beaucoup sur la façon dont Christie les a posées.
L’erreur à éviter est d’acheter l’intégrale Poirot pour s’y mettre : vingt volumes assortis qui prendront la poussière. Prenez-en un seul, et commencez ce soir par le train bloqué dans la neige.
Cet article a été rédigé avec l'aide d'une intelligence artificielle.
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