Proust : par où commencer À la recherche du temps perdu

Par Anouk Delmas · Publié le

Livre ouvert posé sur un lit défait, près d'une table de chevet avec lampe en laiton allumée et tasse de thé, devant une fenêtre aux rideaux vert mousse

Sept volumes, quinze ans d’écriture, et une phrase dont la longueur a fait fuir des générations de lecteurs : À la recherche du temps perdu est le massif que l’on contourne. La réputation n’est qu’à moitié méritée. Proust ne se lit pas comme Dumas, mais il ne réclame ni érudition ni héroïsme : seulement de savoir par quel volume entrer, à quelle vitesse avancer, et quoi faire le jour où l’on décroche. Voici les repères, puis deux portes d’entrée éprouvées — et la bonne manière de refermer le livre sans renoncer.

Ce qu’il y a dans la Recherche

Marcel Proust a écrit son roman entre 1908 et 1922 ; il a paru en sept parties, de 1913 à 1927, comme le rappelle le dossier que BnF Essentiels consacre à l’œuvre. Dans l’ordre :

  1. Du côté de chez Swann (1913)
  2. À l’ombre des jeunes filles en fleurs (1919)
  3. Le Côté de Guermantes (1920-1921)
  4. Sodome et Gomorrhe (1922)
  5. La Prisonnière (1923)
  6. Albertine disparue (1925)
  7. Le Temps retrouvé (1927)

Trois faits valent d’être connus avant d’ouvrir le premier. Le volume initial a été refusé par plusieurs éditeurs avant de paraître chez Grasset. Le deuxième a reçu le prix Goncourt, attribué en 1919 à À l’ombre des jeunes filles en fleurs, comme l’indique le palmarès de l’Académie Goncourt. Les trois derniers sont posthumes : Proust meurt en 1922 sans avoir pu les revoir entièrement, et cela s’entend à la lecture, dans des reprises et des passages restés en chantier.

L’ensemble compte environ deux cents personnages. C’est beaucoup, mais ils n’arrivent pas tous en même temps et le roman ne cesse de les ramener. Surtout, contrairement à un cycle comme les vingt romans des Rougon-Macquart, où chaque volume se tient seul, la Recherche est un seul livre. Il n’existe donc pas d’ordre de lecture alternatif : on la lit dans l’ordre, ou on en lit une partie.

Première porte : Combray, et rien de plus

Du côté de chez Swann se compose de trois parties : Combray, Un amour de Swann, puis Noms de pays : le nom. La porte la plus sûre consiste à ne viser que la première. Combray ouvre sur la phrase la plus citée de la langue française — « Longtemps, je me suis couché de bonne heure. » — et raconte un village, une tante, un clocher, une mère qui monte ou ne monte pas embrasser l’enfant le soir. C’est là que se trouve l’épisode de la madeleine trempée dans le thé, d’où le roman entier se déplie : un goût ramène un pan de passé intact, sans qu’on l’ait cherché.

Fixez-vous Combray, et seulement Combray. Si, à la dernière page, vous voulez savoir ce que devient le narrateur, continuez. Sinon, vous aurez lu l’un des plus beaux récits d’enfance de notre langue, ce qui n’est pas un échec.

Deuxième porte : Un amour de Swann

Si l’enfance vous ennuie, sautez-la. Un amour de Swann, deuxième partie du même volume, forme un récit presque autonome : l’histoire d’un homme du monde, Charles Swann, qui s’éprend d’Odette de Crécy et se détruit lentement par jalousie. Récit à la troisième personne, intrigue nette, personnages campés d’une main ferme : c’est le morceau le plus romanesque de l’ensemble, et beaucoup de lecteurs y entrent plus facilement. Vous reviendrez à Combray ensuite, sans rien perdre.

Cette porte a un défaut. Elle escamote le dispositif de mémoire qui donne son sens au titre, et vous risquez de prendre Proust pour un romancier mondain, ce qu’il n’est qu’en surface. Prenez-la si l’autre a échoué, pas d’emblée.

Apprivoiser la phrase, et tenir la distance

La phrase de Proust est longue, elle n’est pas obscure. Elle est construite : une proposition principale, des incises qui précisent, des comparaisons qui s’emboîtent et finissent par se refermer. Deux gestes suffisent. Lisez lentement, en vous appuyant sur la ponctuation au lieu de courir au point final ; et dites à voix basse les passages qui résistent, exactement comme pour lire un poème à voix haute — la syntaxe se dénoue dès qu’on l’entend. Si l’attention lâche toutes les dix lignes, le problème n’est pas Proust : nos pistes pour se concentrer en lisant valent ici plus qu’ailleurs.

Pour le rythme, oubliez le marathon. Vingt à trente pages par jour, à heure fixe, font mieux que trois heures le dimanche : la Recherche demande de la régularité, pas de l’endurance. Tenez une fiche de lecture minimale, une ligne par personnage rencontré — Swann, Odette, Gilberte, les Guermantes, Charlus, Albertine — et vous ne perdrez pas le fil entre deux volumes. Et si vous abandonnez au troisième tome, vous rejoignez une majorité silencieuse de lecteurs : le livre attendra, comme les autres titres de notre parcours des classiques français.

L’erreur à éviter est d’attaquer la Recherche comme on règle une dette culturelle, les sept tomes achetés d’un coup et empilés sur la table de nuit. Achetez-en un. Lisez Combray cet automne, le soir, vingt pages à la fois. Le reste se décidera tout seul.

Cet article a été rédigé avec l'aide d'une intelligence artificielle.
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