La Joconde : pourquoi est-elle si célèbre ? Cinq siècles d'histoire
Elle mesure 79,4 centimètres de haut sur 53,4 de large, et la plupart de ses visiteurs ne la voient que quelques secondes, de loin, par-dessus des téléphones levés. La Joconde est pourtant le tableau le plus célèbre du monde. Cette célébrité ne tient pas à une seule raison, mais à l’empilement de plusieurs histoires : celle d’une peinture réellement novatrice, celle d’une œuvre royale, celle d’un vol retentissant, et celle d’une image reproduite à l’infini. Les démêler permet de mieux la regarder.
Un portrait qui a changé l’art du portrait
Selon la notice du musée du Louvre, Léonard de Vinci commence vers 1503 le portrait de Lisa Gherardini, épouse du marchand de soie florentin Francesco del Giocondo : d’où son nom de « Joconde », ou « Monna Lisa » en italien. Il s’agit d’une huile sur un panneau de bois de peuplier. Léonard ne livre jamais le tableau, le garde avec lui, le retouche pendant des années ; il est encore inachevé à sa mort en 1519.
Ce qui frappe les contemporains, c’est la vie qui s’en dégage. Le modèle est présenté à mi-corps, de trois quarts, les mains posées l’une sur l’autre, devant un paysage imaginaire de routes, de rochers et d’eau. Surtout, le visage est construit par d’imperceptibles passages de l’ombre à la lumière, sans contour net : c’est le « sfumato », l’estompage que la notice du Louvre décrit précisément. Le sourire naît de cette technique, aux coins de la bouche et des yeux, là où l’on ne sait plus si les traits bougent ou non. Dès 1550, le biographe Giorgio Vasari décrit longuement l’œuvre comme une merveille.
De la collection royale au musée
La notice indique que François Ier acquiert le tableau en 1518, par un paiement à Salai, l’élève de Léonard. Il reste ensuite dans les collections royales, à Fontainebleau puis dans d’autres résidences, avant d’entrer au Louvre avec l’ouverture du musée sous la Révolution. Pendant des siècles, elle est admirée des artistes et des connaisseurs, copiée, gravée, commentée, sans être encore l’icône mondiale qu’elle deviendra : un chef-d’œuvre parmi d’autres chefs-d’œuvre du musée.
1911 : le vol qui fait d’un chef-d’œuvre une star
Le 21 août 1911, un lundi, jour de fermeture du musée, la Joconde disparaît. Le voleur, Vincenzo Peruggia, est un ouvrier vitrier italien qui a travaillé au Louvre : il décroche le tableau et repart avec. La presse du monde entier fait sa une de l’affaire, l’enquête piétine, le poète Guillaume Apollinaire est même brièvement incarcéré comme suspect. Pendant plus de deux ans, le tableau reste introuvable. Peruggia est arrêté à Florence en décembre 1913, alors qu’il tente de le vendre à un antiquaire ; il affirme avoir voulu rendre l’œuvre à l’Italie. Après avoir été montrée en Italie, la Joconde revient au Louvre au début de janvier 1914.
La notice du musée le dit sans détour : ce vol « lui a donné une célébrité mondiale ». Un tableau connu des amateurs devient un visage connu de tous, reproduit dans des milliers de journaux.
Une icône reproduite, détournée, protégée
À partir de là, la célébrité s’entretient d’elle-même. En 1919, Marcel Duchamp dessine une moustache sur une reproduction bon marché et l’intitule L.H.O.O.Q. : le détournement devient un genre en soi, repris depuis par la publicité, la bande dessinée, les artistes. La Joconde voyage aussi, très exceptionnellement : aux États-Unis en 1963, puis au Japon et en URSS en 1974, rappelle la notice.
Aujourd’hui, elle est présentée dans la salle des États, derrière une vitrine qui contrôle la température et l’humidité. Le panneau de peuplier s’est bombé avec le temps, et une fente d’une dizaine de centimètres descend depuis le bord supérieur ; les vernis anciens, jaunis, assourdissent les couleurs d’origine. Le projet « Louvre Nouvelle Renaissance », annoncé en janvier 2025, prévoit de lui consacrer à terme un espace propre, pour désengorger la salle.
Comment la regarder malgré la foule
Premier conseil : venez à une nocturne, ou en toute fin de journée, et passez d’abord par les autres étapes de notre parcours des œuvres à voir au Louvre en priorité. Deuxième conseil : devant la vitrine, oubliez le sourire quelques instants et regardez le paysage. L’horizon n’est pas au même niveau à gauche et à droite du visage, ce qui contribue à l’impression que la figure flotte entre deux mondes.
Allez ensuite dans la Grande Galerie voisine, devant La Vierge à l’Enfant avec sainte Anne et La Belle Ferronnière, du même Léonard : vous y verrez le sfumato de plus près, et sans bousculade. Comparez enfin cette peinture sans trace de pinceau à la touche visible et revendiquée des peintres que nous présentons dans les caractéristiques de l’impressionnisme : quatre siècles de manières de peindre la lumière.
L’erreur à éviter est de juger l’œuvre à l’aune de la cohue. Nos conseils pour regarder longtemps une seule œuvre valent ici à l’envers : on ne peut pas rester longtemps devant la Joconde, alors préparez ce que vous voulez voir avant d’arriver, et gardez vos dix minutes de contemplation pour sa voisine d’en face, Les Noces de Cana.
Cet article a été rédigé avec l'aide d'une intelligence artificielle.
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