Comment visiter un musée sans s'épuiser ni passer à côté
On sort parfois d’un grand musée plus épuisé qu’après une randonnée, la tête pleine d’images qui se brouillent déjà, avec le sentiment vague d’avoir tout vu et rien regardé. Ce n’est pas un manque de culture : c’est une question de méthode. Un musée n’est pas un catalogue à parcourir de bout en bout, et la bonne visite se prépare moins en révisant l’histoire de l’art qu’en décidant de ce que l’on ne verra pas. Voici comment organiser une visite qui laisse des souvenirs précis, et ce qu’il faut savoir des règles d’accès avant de partir.
Accepter de ne pas tout voir
Les grandes collections sont conçues pour être explorées en plusieurs fois. Le Louvre l’annonce lui-même dans sa page Premiers pas au Louvre : environ 35 000 œuvres exposées, réparties dans 403 salles. À raison d’une minute par œuvre, sans pause, il faudrait plus de soixante-dix journées de huit heures pour tout voir. Personne ne le fait, et personne ne devrait s’y essayer.
Le phénomène a même un nom ancien : la « fatigue muséale », décrite dès 1916 par Benjamin Ives Gilman, alors secrétaire du musée des Beaux-Arts de Boston, qui avait observé la gymnastique épuisante que les vitrines imposaient aux visiteurs. Chacun en a fait l’expérience : passé un certain temps, variable selon les personnes et les lieux, on continue de marcher, mais on ne regarde plus.
La règle la plus utile est donc simple : un département, une aile, ou un thème par visite, et pas plus de deux heures dans les salles. Mieux vaut revenir trois fois que tout traverser une fois.
Préparer sa visite en vingt minutes
La veille, consultez le plan du musée en ligne et choisissez un secteur. Dans ce secteur, repérez cinq à dix œuvres que vous voulez vraiment voir : parce que vous les connaissez déjà en reproduction, parce que leur titre vous intrigue, ou parce qu’elles se rattachent à un livre que vous avez aimé. Notez leur salle. Ces œuvres serviront de jalons ; entre elles, vous vous laisserez surprendre.
Si vous venez pour un mouvement précis, lisez un article de présentation plutôt qu’un manuel entier. Pour un parcours impressionniste à Orsay, à Marmottan ou à l’Orangerie, par exemple, notre présentation des caractéristiques de l’impressionnisme vous donnera ce qu’il faut chercher sur les toiles, sans alourdir la visite.
Vérifiez enfin les horaires, les jours de fermeture et les nocturnes : un musée en soirée est souvent plus calme, et la lumière artificielle change parfois la perception des œuvres.
Regarder longtemps une seule œuvre
Combien de temps passons-nous devant un tableau ? Deux chercheurs, Jeffrey et Lisa Smith, ont mesuré le temps d’observation des visiteurs du Metropolitan Museum de New York en 2001 : 27,2 secondes en moyenne, et moins de 17 secondes pour la moitié des observations. Leur étude de suivi à l’Art Institute of Chicago, publiée en 2017, a retrouvé des chiffres très proches, 28,63 secondes de moyenne, en notant l’apparition massive des selfies devant les œuvres. Une demi-minute, c’est à peine le temps de reconnaître le sujet.
Essayez l’inverse sur une ou deux œuvres par visite : dix minutes devant le même tableau. Asseyez-vous si un banc le permet. Pendant les deux premières minutes, contentez-vous de décrire mentalement ce que vous voyez, sans interpréter : les couleurs, les personnages, le décor, d’où vient la lumière. Ensuite, demandez-vous ce qui attire votre œil en premier et pourquoi, puis ce que vous aviez manqué au premier regard. Ne lisez le cartel, la petite étiquette qui donne le titre et la date, qu’à la fin : il vient confirmer ou corriger ce que vous avez observé, au lieu de vous dicter quoi voir.
Cette démarche, partir de l’impression pour aller vers les preuves, est la même que celle qui permet d’analyser un poème : on regarde comment l’œuvre est faite avant de se demander ce qu’elle veut dire.
Rythmer la visite pour garder l’attention
Alternez regard long et flânerie. Après une œuvre observée en profondeur, traversez une ou deux salles sans vous arrêter, puis choisissez l’œuvre suivante.
Faites des pauses assises toutes les quarante-cinq minutes. Un banc, un café, une cour intérieure : la fatigue muséale vient autant de la station debout et de la marche lente que de l’effort d’attention.
Gardez une trace. Un carnet et un crayon suffisent pour noter un titre, une impression, voire faire un croquis rapide : dessiner une œuvre, même maladroitement, oblige à la regarder vraiment. La photo n’est pas interdite partout, mais les règles varient d’un musée et d’une exposition à l’autre ; renseignez-vous sur place, et n’utilisez jamais le flash.
Choisissez l’audioguide ou la visite commentée en connaissance de cause. Un commentaire enrichit la découverte d’une œuvre, mais écouter en continu empêche de regarder par soi-même. Utilisez-le sur quelques œuvres choisies plutôt que salle après salle.
Ce qu’il faut savoir sur l’accès gratuit
Le prix d’entrée ne devrait pas décider de la visite, surtout pour les plus jeunes. Selon le ministère de la Culture, l’accès aux collections permanentes de l’ensemble des musées nationaux est gratuit depuis le 4 avril 2009 pour les 18-25 ans résidant régulièrement dans un État de l’Union européenne ou de l’Espace économique européen. Le ministère indique que plus de trois millions de jeunes en ont bénéficié en 2019. Les expositions temporaires restent en général payantes, et les conditions varient d’un établissement à l’autre : d’autres gratuités existent, certains dimanches ou pour certains publics, mais elles se vérifient musée par musée, sur leur site officiel, avant de partir. Pensez aussi à réserver un créneau lorsque le musée le demande, même pour une entrée gratuite.
Après la visite, prolonger
Le souvenir d’une œuvre se fixe dans les jours qui suivent. Relisez vos notes, cherchez une reproduction de l’œuvre qui vous a le plus marqué et comparez-la à votre mémoire : vous serez surpris de ce que l’image imprimée ne restitue pas. Si une œuvre vous a menés vers un écrivain de la même époque, poursuivez par la lecture, par exemple avec un des classiques de la littérature française du XIXe siècle, contemporains des peintres que vous venez de voir.
L’erreur la plus courante, pour finir, est de réserver les musées aux grandes occasions. Une heure dans une seule salle, un soir de semaine, vaut souvent mieux qu’une journée entière de vacances passée à tout voir.
Cet article a été rédigé avec l'aide d'une intelligence artificielle.
Politique éditoriale et usage de l'intelligence artificielle